Pendant plus de vingt ans, de 1955 à 1977, les villages de Beauvezer et de Thorame-Haute ont vécu au rythme d’un prêtre au destin hors du commun : l’abbé Raymond de Caluwé.
Ancien missionnaire, cet homme de foi et de progrès a mis son immense expérience du monde au service de la haute vallée du Verdon.
L’esprit de mission
Né le 4 novembre 1911 à Lokeren, en Belgique, Raymond de Caluwé a d'abord servi comme missionnaire. C'est sur ces terres lointaines, souvent rudes et isolées, qu'il a forgé son caractère de pionnier et appris qu'être prêtre signifiait aussi être bâtisseur, ingénieur et artisan.
Lorsqu'il arrive dans les Basses-Alpes en 1955, il n'est pas un curé de campagne ordinaire. Il apporte avec lui ce tempérament de « broussard » capable de s'adapter à toutes les situations, ne craignant ni l'isolement des cimes, ni la rigueur des hivers alpins.
Le « Curé-Ingénieur »
Sa plus grande prouesse, restée légendaire dans la mémoire locale, est liée à sa passion pour l’électronique, un savoir-faire acquis durant ses années de mission pour rompre la solitude des lieux isolés.
L’exploit technique : Refusant de voir le Haut-Verdon devenir une zone oubliée par la modernité, il conçoit et installe lui-même les premiers relais de télévision sur les sommets environnants.
L'ouverture sur le monde : Grâce à ses montages électroniques et son audace, les foyers de Beauvezer et des environs ont pu capter les premières images télévisées bien avant l'arrivée des réseaux nationaux (ORTF). Pour cet ancien missionnaire, apporter l'information et la culture était un prolongement naturel de son ministère.
Un gardien du patrimoine et des hommes
De 1955 à 1977, il veille sur les âmes et sur les pierres avec la même exigence. Fin connaisseur de l'art sacré, il protège et restaure les richesses des églises Notre-Dame de l'Assomption et Saint-Julien, tout en restant proche des habitants des hameaux les plus reculés comme La Colle, Peyresq ou le Villars-Heyssier.
Un siècle de dévotion
Après avoir servi la vallée avec une abnégation totale, il s’est éteint le 4 avril 1998 à l’âge de 86 ans. Il laisse le souvenir d’un homme qui a su marier l’Évangile et la science, la Flandre et la Provence.
« Missionnaire un jour, missionnaire toujours. »
Qu’il répare un circuit électronique ou qu’il console un cœur, l’abbé de Caluwé a passé sa vie à établir des ponts entre les hommes et le ciel.