Dans la mémoire de la haute vallée du Verdon, le nom de Juvénal Pélissier (1879-1960) résonne avec la force de la pierre et l'éclat du cuivre.
S'il partage son patronyme avec son oncle, l'illustre prêtre et historien Jean-Esprit Pellissier, Juvénal s'en distingue radicalement.
Là où l'oncle maniait la plume pour consigner le passé, le neveu a manié la truelle pour bâtir l'avenir.
Un pasteur au service des sommets (1920-1955)
Le parcours de l'abbé Pélissier est celui d'un homme dévoué aux paroisses les plus rudes et les plus isolées de la région.
Son ministère s'est articulé autour de deux étapes clés :
1920 : Il est d'abord nommé curé de Méailles et de Peyresq, où il s'initie à la vie de ces communautés de montagne.
1925 - 1955 : Pendant trente ans, il devient la figure centrale de Thorame-Haute, tout en ayant la charge des âmes de Peyresq et de La Colle-Saint-Michel.
Pendant trois décennies, il a parcouru ces sentiers d'altitude par tous les temps, devenant bien plus qu'un prêtre. Il est un conseiller, un protecteur et le pivot de la vie locale.
L'épopée de Notre-Dame de la Fleur (1927 - 1947)
Le grand œuvre de sa vie reste la reconstruction du sanctuaire de Notre-Dame de la Fleur, au hameau de la Gare de Thorame-Haute.
La légende locale raconte qu'au XVe siècle, la Vierge apparut en ce lieu à un jeune berger, lui offrant une rose épanouie en plein hiver.
À son arrivée à Thorame-Haute, Juvénal trouve une chapelle en ruines.
Il se lance alors dans une aventure de vingt ans :
La préparation (1927 - 1936) : Il dessine les plans et lance la 'Souscription des Pierres', sollicitant sans relâche les voyageurs sur le quai du 'Train des Pignes'.
Le chantier (1936 - 1947) : Malgré les privations de la guerre et l'occupation, il ne renonce jamais. L'abbé s'implique physiquement, taillant lui-même les blocs de calcaire et sculptant les reliefs du maître-autel.
L'éclat du cuivre : Innovant, il fait recouvrir le toit et le clocher de plaques de cuivre pour braver le climat alpin.
Achevé en 1947, le sanctuaire devient un phare scintillant dans toute la vallée.
Une figure pastorale inoubliable
L'abbé Pélissier ne se contentait pas de bâtir des murs ; il habitait ses paroisses.
Des ruelles de Méailles aux hauteurs de La Colle-Saint-Michel, il a su restaurer la ferveur des pèlerinages, notamment celui du lundi de Pentecôte à la chapelle de la Fleur, unissant les habitants du Haut-Verdon et de la Vaïre.
Lorsqu'il quitte ses fonctions en 1955, il laisse derrière lui un patrimoine sauvé et une communauté soudée.
Contrairement à Jean-Esprit, l'homme des archives, Juvénal restera pour l'histoire le 'Bâtisseur des Montagnes', celui qui a prouvé que la volonté d'un seul homme pouvait redonner vie à une légende médiévale pour les générations futures.