Originaire de Thorame-Haute, Lucienne Roubin (1924-1999) fut une figure intellectuelle majeure du XXe siècle.
Chercheuse au CNRS et membre éminent du Centre d’ethnologie française (Musée des Arts et Traditions Populaires), elle a consacré sa vie à l'étude et à la protection des cultures rurales méditerranéennes.
Son parcours est l'alliance rare entre une rigueur scientifique internationale et un dévouement local indéfectible.
Une Anthropologue de Renom
Lucienne Roubin a transformé notre compréhension des villages provençaux. Loin de l'image d'Épinal d'une ruralité figée, elle a révélé la complexité des rapports sociaux à travers des axes majeurs :
L’Architecture du Lien Social : Dans son œuvre fondatrice, Espaces et rassemblements (1970), elle analyse comment la fontaine, la place et le seuil des maisons ne sont pas de simples éléments urbains, mais des outils de régulation sociale. Elle y définit la notion de "Voisinage" comme une véritable institution de solidarité.
La Politique au Village : Elle fut l'une des premières à étudier les "Chambrées" et les cercles masculins. Elle a démontré comment ces lieux de sociabilité, typiques du Haut-Verdon, ont été le creuset de la conscience républicaine et démocratique en milieu montagnard.
Une Pionnière des Sens : En explorant des thématiques comme le "monde des odeurs", elle a ouvert la voie à une anthropologie sensorielle, étudiant comment les parfums et les senteurs marquent l'identité d'un territoire.
La Sentinelle de Thorame-Haute
Pour Lucienne Roubin, la science ne devait pas rester enfermée dans les livres. Elle considérait que l'ethnologue avait un devoir envers son terrain d'étude.
Un engagement concret : Convaincue que l'identité d'un village réside dans ses pierres et ses récits, elle a fondée l'Association pour la Sauvegarde du Patrimoine Culturel pour protéger l'héritage de Thorame-Haute.
Un combat pour la Pierre : Sous son impulsion, l'association a œuvré pour la restauration d'édifices religieux et ruraux, sauvant de la ruine des témoins essentiels de l'histoire alpine.
La mémoire vivante : Elle a lutté contre l'oubli en collectant les traditions orales et les savoir-faire de la vallée du Verdon, offrant aux habitants une fierté retrouvée et une clé de compréhension de leurs propres racines.
Un Héritage Universel et Local
Lucienne Roubin habitait le monde depuis son village. Son génie fut de partir du particulier, la vie d'une communauté dans les Basses-Alpes, pour atteindre l'universel.
"Elle ne voyait pas le patrimoine comme un objet de nostalgie, mais comme un socle nécessaire pour que les générations futures puissent habiter le monde avec dignité."
Aujourd'hui, son œuvre continue de guider les chercheurs en sciences sociales, tandis que son action associative demeure le moteur de la vie culturelle de Thorame-Haute. Elle reste le modèle de l'intellectuelle engagée, dont la plume était aussi précise que son attachement à sa terre était profond.