Un hommage vibrant à Thorame-Haute
En ce vendredi 8 mai 2026, la place du monument aux morts de Thorame-Haute s'est parée d'une émotion particulière.
La cérémonie a débuté par un profond moment de silence et de gratitude, une minute de recueillement solennelle où le village tout entier s'est uni pour honorer la mémoire des disparus.
Cet hommage a été marqué par l'égrenage des noms gravés dans la pierre et le dépôt de gerbe par la municipalité. Puis la chorale 'Canto Verdoun' a entonné la Marseillaise, dont les notes ont porté le respect de toute la communauté envers ses enfants tombés pour la liberté.
Enfin la commémoration a laissé place à une dimension plus intime et bouleversante, portée par la voix de la jeunesse.
Deux voix, une même mémoire
Le point d'orgue de ce rassemblement fut sans conteste l'intervention de Louis Liboà et Nans Allègre, dont les lectures ont plongé l'assistance dans le vécu intime de la guerre.
Louis a prêté sa voix à ceux que l'on appelait les « petits soldats ».
Avec une émotion palpable, il a fait revivre le déchirement de ces jeunes gens, à peine sortis de l'insouciance, brusquement arrachés à leur terre natale pour répondre à l'appel de la mobilisation. Son récit a rappelé le courage immense de cette jeunesse de Thorame-Haute qui, le sac à l'épaule et le cœur serré, partait vers l'inconnu avec la gravité de ceux qui savent qu'ils laissent derrière eux toute leur vie.
Nans a, de son côté, incarné l'innocence bousculée.
Avec une justesse bouleversante, il a évoqué le désarroi d'un jeune enfant trop petit pour partir, mais assez grand pour voir le monde des adultes se briser. Il a raconté cette incompréhension profonde face au vide laissé par les départs, et ce moment de bascule vertigineux où, alors qu'il ne comprenait pas encore les enjeux du conflit on lui confiait une mission bien trop lourde pour ses jeunes épaules, celle de devenir, du jour au lendemain, le 'chef de famille'.
Une transmission réussie
Cette cérémonie a prouvé que le devoir de mémoire à Thorame-Haute n'est pas une simple habitude, mais un lien vivant. En mettant en lumière le sacrifice des mobilisés et la résilience forcée des enfants restés au village, la commune a rendu un hommage complet à toutes les victimes du conflit. Les noms cités en début de cérémonie n'étaient plus seulement des inscriptions, mais des visages et des histoires, rappelés à la vie par les mots de Louis et Nans.
Un moment de partage et de fraternité
Après l’intensité de ces hommages, les visages se sont éclairés autour du traditionnel verre de l’amitié offert par la mairie. Dans une ambiance chaleureuse et fraternelle, toutes les générations se sont retrouvées pour échanger et partager leurs impressions. Ce fut un beau moment de complicité où les anciens, touchés, ont pu féliciter Louis et Nans pour la force de leurs mots.
À Thorame-Haute, cette convivialité est le plus beau témoignage de la paix que nous célébrons, celle qui permet à un village de se réunir, tout simplement, dans la joie d'être ensemble.
Ps : Pour prendre connaissance des textes des discours de Monsieur le maire Thierry OTTO-BRUC, de Louis et de Nans : 2026 : Cérémonie du 8 Mai
Le 8 mai 1945 marque la fin de la guerre en Europe
À Thorame-Haute, dans les Alpes-de-Haute-Provence, autrefois appelées les Basses-Alpes, cette date reste un moment de mémoire et d’émotion.
THIERRY
Thierry OTTO-BRUC, maire de Thorame-Haute
Bonjour à toutes et à tous,
Nous sommes réunis aujourd’hui, ici, à Thorame,
pour nous souvenir du 8 mai 1945.
Ce jour-là, la guerre s’est arrêtée en Europe.
L’Allemagne nazie a capitulé.
En 39-45, ce n’est pas un armistice, comme en novembre 1918.
C’est une capitulation, pure et simple.
La fin des combats.
La fin de la guerre, ici, chez nous.
Deux guerres, au prix de sacrifices immenses.
Et, à chaque fois, des hommes de nos villages sont partis,
des familles ont attendu,
des vies qui n’ont plus jamais été les mêmes.
Mais il a bien fallu avancer.
La maison, la terre, nos bêtes.
Par chance, aux pieds de nos montagnes,
des champs de lavande à perte de vue
ont permis de faire vivre nos familles.
Et parfois…
des voix nous reviennent,
pour ne jamais oublier.
LOUIS
Un jeune du village
Je me souviens du jour où ils ont affiché les noms, là, devant la mairie.
C’était le 2 septembre 1939. La mobilisation.
La guerre, j’en avais déjà entendu parler.
Les anciens, eux, en parlaient, de la guerre de 14-18.
Ils parlaient plus que de ça, d’ailleurs.
Mais moi, j’étais trop jeune pour comprendre.
Avant ça, il y avait eu l’été.
Les foins étaient rentrés dans les granges.
On avait sorti le fumier des bergeries, étalé dans les champs…
Les blés fauchés et récoltés.
Il y aurait du pain.
Et de quoi nourrir le cheval.
Je ne savais pas encore que notre cheval partirait, lui aussi.
Comme nous.
On avait fait ce qu’il fallait.
On était prêts pour l’hiver.
Nos moutons allaient bientôt redescendre de nos alpages.
Lorsqu’ils arrivent, on entend au loin les sonnailles de nos bêtes…
Ça annonce les agnelages.
La vie qui continue.
Autour du 15 août, le temps tourne déjà.
Les cimes blanchissent.
Le soleil chauffe moins.
Et puis il y a la fête de la Saint Julien.
Le 22, le 23, le 24 août.
On y tient.
Ça fait partie de nos traditions.
L’orchestre…
le son des accordéons…
le bal…
Tous les jeunes et les moins jeunes sont là.
On vient danser…
et parfois faire des rencontres.
Je ne savais pas.
Le 2 septembre, les noms ont été lus avec gravité.
Le mien.
À cet instant, mon sang est tombé jusqu’aux pieds.
Je reste là.
Immobile.
Sonné.
Je regarde les autres… sans vraiment les voir.
À ce moment-là, je ne savais pas
que je ne reviendrais jamais,
et que ma mère ne s’en remettrait jamais.
Mais tout cela n’aura pas été en vain.
Mes montagnes sont restées libres.
Espérons qu’elles le restent à jamais.
NANS
Un enfant du village
Moi aussi, j’étais là.
Derrière les jupes de ma mère.
Je me souviens…
Mon frère était devenu tout blanc.
Et plus personne ne parlait.
Je ne comprenais pas vraiment ce qui venait de nous arriver.
Nous, Thoramiens…
paysans pour la plupart…
C’était comme si notre monde venait de disparaître, d’un seul coup.
Quelques jours plus tard, avant de partir,
mon frère s’est penché vers moi…
comme il le faisait chaque soir.
Il m’embrassait sur le front,
pour que je fasse de beaux rêves.
Mais ce jour-là…
il m’a dit :
« Nans, maintenant, c’est toi l’homme de la maison.
Prends bien soin de maman. »
Je n’ai rien répondu.
Je ne savais pas quoi dire.
Ce sont les derniers mots de mon frère.
Ils résonnent encore dans mon cœur.
Ces discours ont été lus le 8 mai 2026, devant le monument aux morts de Thorame-Haute.